28 Mayıs 2012 Pazartesi

LA POESIE D’AHMED ARIF


 « Yokluğun, Cehennemin öbür adıdır,
   Üşüyorum, kapama gözlerini… »
                                                                                   
  « Ton absence, est l’autre nom de l’enfer
     J’ai froid, ne ferme pas tes yeux… »
Sa courte biographie

Ahmed Arif est né en 1927 à Diyarbakır, la plus grande ville du sud-est de l’Anatolie. Son père, Arif Bey, d’origine turque, est fonctionnaire d’Etat : Une famille ottomane. Sa mère, Sâre Hanım, femme de foyer, d’origine kurde, vient aussi d’une famille connue dans la région. Elle est morte tôt, quelques années après la naissance d’Ahmed Arif au cours de l’accouchement de deuxième enfant. Arif fait ses études primaires à Siverek et à Urfa, villes du sud-est anatolien, dans un environnement  féodal ou semi-féodal qui a beaucoup marqué son enfance : La création de la République, les réformes kémalistes, les relations féodales, les relations entre les peuples et le pouvoir central, entre les citoyens et l’Etat, entre les gros féodaux, les paysans et les brigands, entre la ville et la campagne, et puis, des recherches de solutions locales, nationales ou internationales à des problèmes divers de la région dans le cadre des problemes de la Turquie et du monde.

Arif  suit ses études secondaires à Afyon, une ville à l’ouest où il a rencontré des professeurs et des amis qui s’intéressaient à la littérature et ont eu beaucoup  d’influences sur lui. Arif suitégalement quelque temps des études de philosophies à l’Université d’Ankara où il fréquente des milieux de gauche et il est incarcéré pour des raisons politiques, emprisonné et torturé en 1951 et 1952 jusqu’en 1954. Il apprend la mort de son père en prison et « cela est l’événement le plus déchirant pour Ahmed Arif».[1] Et puis la garde à vue à Diyarbakır chez sa soeur. Il passe des moments difficiles et il n’écrit plus de poèmes. Dans sa libération, il  travaille dans le journalisme pendant des années à Ankara et il y  est mort en 1991.[2]

Sa poésie

Ahmed Arif est un poète de parole inhabituelle de souffrance, de résistance et de fierté. Cemal Süreya, un autre grand poète de la même période, le voit comme « un guérilleros qui lutte en chantant ».Une longue et unique élégie dans la tradition de la poésie turque. Ses premiers poèmes sont publiés dans les années cinquante dans des différentes revues littéraires. Son seul recueil de poèmes « Hasretinden Prangalar Eskittim : J’en ai usé des fers en ton absence » est publié en 1968. C’est  l’œuvre la plus éditée(plus de quarante éditions),  lue et chantée en Turquie. Un certain nombre de ses poèmes « inachevés » qui ne se figuraient dans son recueil sont publiés dans un autre livre après sa mort  sous le nom de « Yurdum Benim Şahdamarım : Mon pays est mom carotide ».3

Nous pouvons dire facilement que la poésie de Nazım Hikme, avec 40 mille mots qu’il a utilisés dans ses oeuvre, a ouvert une nouvelle voie dans la littérature turque, que ce soit en poème ou en prose. Comme le disait le romancier Yachar Kémal dans un discours, « tous les écrivains sont passé par cette voie ». On voit également cette influence , dans une certaine mesure, dans la poésie d’Ahmed Arif, parce qu’Ils partagent, plus ou moins, le même sort : condamnations en prison, oppressions, torture, peines, combat, exile, isolement, résistances, espoir, désespoir, etc. ; ils ont plus ou moins les mêmes sources d’écriture et la même conscience du monde, et puis  l’amour et la mort qui ne les quittent jamais.

SEVDAN BENİ

Terketmedi sevdan beni, / Aç kaldım, susuz kaldım, / Hayın, karanlıktı gece, / Can garip, can suskun, / Can paramparça… / Ve ellerim kelepçede, /Tütünsüz, uykusuz kaldım, /  Terketmedi sevdan beni…[3]

TON AMOUR ME…

Ton amour ne m’a pas quitté, / J’ai eu faim, j’ai eu soif, / Sournoise, noire était la nuit, / L’âme étrange, l’âme muette, / L’âme morcelée… / Et menottes aux mains,  / Sans tabac, sans sommeil je suis resté, / Ton amour ne m’a pas quitté…[4]

 La différence entre les deux poètes c’est que Nazım Hikmet est plutôt,  poète de la ville, d’Istanbul, de l’ouest, d’un milieux plutôt bourgeois. Tandis qu’Ahmed Arif est surtout le poète de la campagne, des montagnes, du sud-est de l’Anatolie, d’un milieux plutôt féodal. Si Nazım a un langage national standard, lui, il a plutôt un langage populaire local, un langage révoltant, un langage parlé, économie des mots et leurs rares utilisations avec des images et des métaphores nouvelles qui lui sont propres. Arif s’oriente vers les fables, les épopées, les légendes, les chansons et les contes populaires, et il essaie de les transformer en un nouveau langage poétique avec une conscience dialectique comme Nazım. Il en crée une nouvelle forme, une nouveau contenu, un nouveau style, une nouvelle voix. Nous pouvons dire aussi que les poèmes d’Ahmed Arif, surtout les poèmes dans « j’en ai usé des fers en ton absence » peuvent être considérés come un seul long poème du point de vue thématique, en autre « un autre paysages humains » dans son genre. Cêst comme, par exemple, dans les poemes« Notes de la Tour de Diyarbekir et la Berceuse d’Adiloş Bé bé », « Trente Trois Balles ».

« …
Olancası bir tutam can, / Kadasına, belâsına sunduğum, / Ben öleydim loooy…
Elim boş, / Ayağım pusu. / Bir ben bileceğim oysa / Ne âfat sevdim. / Bir de ağzı var dili yok / Diyarbekir kalesi…
……. »
« ….
Je n’ai qu’une pincée d’âme, / A offrir à son désatre, à son malheur, / Que je meure loooy… / Vide, ma main, / Piégé, mon pied. / Or, moi seul saurai  / Combien j’aime à feu et à sang  / Et aussi la Tour de Diyarbekir / Qui a une bouche mais pas de langue…
……. »

Les nomades vivent, en générale, dans la nature et parlent avec tout ce qu’il y a autour et les métaphores y sont concernées. On en voit beaucoup la lune, les montagnes, les vents, les  rivières, les couleurs et d’autres événements de la nature en relation avec l’homme, dans la poésie d’Ahmed Arif  et avec une économie du langage :

AY KARANLIK

Maviye / Maviye çalar gözlerin, / Yangın mavisine / Rüzgârda âsi, / Körsem, / Senden gayrısına yoksam,  / Bozuksam,  / Can benim, düş benim, / Ellere nesi? / Haydi gel,
Ay karanlık…

İtten aç, / Yılandan çıplak, /Vurgun ve belâ / Gelip durmuşsam kapına / Var mı ki doymazlığım? / İlle de ille / Sevmelerim, / Sevmelerim gibisi ? / Oturmuş yazıcılar
Fermanım yazar / N’olur gel, / Ay karanlık…

Dört yanım puşt zulası, / Dost yüzlü, / Dost gülücüklü / Cıgaramdan yanar. / Alnım öperler, / Suskun, hayın, çıyansı. / Dört yanım puşt zulası, / Dönerim dönerim çıkmaz. / En leylim gecede ölesim tutmuş. / Etme gel, / Ay karanlık…

LUNE NOİRE

Du bleu / C’est le bleu que prenaient tes yeux, / Le bleu incendiaire / Rebelle au vent,
Si je suis aveugle, / Si je n’existe que pour toi, / Si je suis abîmé, / C’est mon âme, c’est mon rêve, / Que leur importe, aux autres !... / Allez viens, / Lune noire !...

Plus affamé qu’un chien, / Plus nu qu’un serpent / Amoureux fou et marqué, / Si je suis venu m’arrêter à ta porte / Est-ce à cause de ce vide que je porte ? / C’est à cause de ces amours, / De tels amours / Que les scribes écrivent mon firman / Viens ! Je t’en prie / Lune noire…

Ils m’ont embusqué de quatre coins, / Visages amicaux, / Sourires amicaux, / Ils allument leurs cigarettes à la mienne, / Ils me baisent le front, / Silencieux, sournois, sortes de mille-pattes. / Ils m’ont embusqué de quatre coins, / Je tourne, je tourne, je n’en sors pas. / La mort me prend dans ma plus belle nuit. / Viens ! Je t’en supplie, / Lune noire…
                             Traduction : Ali Demir.

La réalité anatolienne est toujours présente chez les deux poètes : Une réalité historique, socioculturelle, économique, politique et d’autres. C’est un poème lyrique et épique à la fois :

ANADOLU
Beşikler vermişim Nuh’a, / Salıncaklar, hamaklar, / Havva Ana’n dünkü çocuk sayılır, / Anadoluyum ben, / Tanıyor musun?

Utanırım, / Utanırım fıkaralıktan, / Ele, güne karşı çıplak… / Üşür fidelerim, / Harmanım kesat. / Kardeşliğin, çalışmanın, / Beraberliğin, / Atom güllerinin katmer açtığı, / Şairlerin, bilginlerin dünyalarında, / Kalmışım bir başıma, / Bir başıma ve uzak. / Biliyor musun?

Binlerce yıl sağılmışım, / Korkunç atlılarıyla parçalamışlar / Nazlı, seher-sabah uykularımı / Hükümdarlar, saldırganlar, haydutlar, / Haraç salmışlar üstüme. / Ne İskender takmışım, / Ne şah, ne sultan / Göçüp gitmişler, gölgesiz ! / Selâm etmişim dostuma  / Ve dayatmışım… / Görüyor musun ? / Nasıl severim bir bilsen. / Köroğlunu,
Karayılanı, / Meçhul Askeri… / Sonra Pir Sultanı ve Bedrettini. / Sonra kalem yazmaz, / Bir nice sevda… / Bir bilsen, / Onlar beni nasıl severdi. / Bir bilsen, Urfa’da kurşun atanı,  / Minareden, barikattan, / Selvi dalından, / Ölüme nasıl gülerdi. / Bilmeni mutlak isterim, / Duyuyor musun?

Öyle yıkma kendini, / Öyle mahsun, öyle garip…. / Nerede olursan ol, / İçerde, dışarda, derste, sırada, / Yürü üstüne-üstüne, / Tükür yüzüne cellâdın, / Fırsatçının, fesatçının, hayının… / Dayan kitap ile / Dayan iş ile. / Tırnak ile, sevda ile, düş ile. / Dayan rüsva etme beni.

Gör, nasıl yeniden yaratılırım, / Namuslu genç ellerinle. / Kızlarım, / Oğullarım var gelecekte, / Herbiri vazgeçilmez cihan parçası. / Kaç bin yıllık hasretimin koncası, / Gözlerinden, / Gözlerinden öperim. / Bir umudum sende, / Anlıyor musun?

ANATOLIE

J’ai donné des berceaux à Noé, / Des balançoires, des hamacs, / Ta mère Eve, elle n’est qu’un enfant d’hier, / Je suis Anatolie, moi, / Me connais-tu ?

J’ai honte, / Honte de la pauvreté, / Nue devant l’étranger, au grand jour… / Mes bourgeons ont froid, / Mon aire crie famine. / Dans le monde de fraternité, de travail,  / Dans le monde de solidarité, / Dans un monde où s’ouvrent les pétales d’atome, / Dans un monde de poètes, de savants, / Je suis resté toute seule, / Toute seule et loin. / Le sais-tu ?

Ils m’ont trait pendant des années. / Avec leurs chevaliers, ils m’ont brisé  / Les sommeils délicats du matin, / Des souverains, des assassins, des brigands, / M’ont fait payer tribut. / Je m’en fiche d’Alexandre, / Du shah et du sultan. / Ils ont disparu sans ombre ! / J’ai salué mon ami / Et j’ai tenu tête… / Le vois-tu ?

Si tu savais, combien j’aime / Köroğlu, / Karayılan, / Le soldat inconnu… / Et puis Pir Sultan et Bedrettin. / Et puis il y a tant d’amour / Que la plume n’en peut écrire… / Si tu savais, / Combien ils m’aimaient eux aussi. / Si tu savait celui qui tirait des balles à Urfa, / Du minaret, de la barricade, / De la branche de cyprès, / Comme il souriait à la mort. / Je veux absolument que tu le saches, / M’entends-tu ?

Ne te détruis pas comme ça, / Si triste, si étrange, / Où que tu sois, / Dedans, dehors, en classe, à ton pupitre, / Marche sus, / Crache au visage du bourreau, / De l’opportuniste, du corrupteur, du traître. / Tiens bon le livre, / Tiens bon le travail. / De tout tous tes ongles, de toutes tes dents, / De tout ton espoir, de tout ton amour, de tout ton rêve, / Tiens bon, ne me fais pas honte.

CONCLUSİON

Nazım Hikmet et Ahmed Arif ont eu la chance de trouver des livres et de poètes dans leurs milieux familiaux et dans leurs écoles au moment où il y en avait très peu en Turquie. Ils ont découvert  la poésie turque populaire, la poésie du Divan et la poésie du monde, dans la mesure du possible, et ils en ont profité beaucoup pour créer  leur propre poésie. Nazım parle couramment le russe et le français, Ahmed Arif connait la poésie persane et arabe, et un peu de français. Mais il a eu surtout la possibilité de lire des œuvres classiques du monde traduits, dans les années 1940, par le Ministères de l’Education nationale et envoyés dans toutes les écoles.

Comme Nazım avait déjà créé une novelle poésie en faisant une synthèse de la poésie populaire, du Divan et du monde, dans une conscience marxiste, sans négliger sensibilités poétiques, nous pouvons dire que beaucoup de poètes, Arif le premier, des générations suivantes ont poursuivi ce chemin en y ajoutant toujours des aspects nouveaux et en le transformant en une poésie différente.

Aurore Sauvez Ferrare, journaliste et écrivain, qui m’a beaucoup aidé dans la traduction d’Ahmed Arif en français écrit cela dans « Avant Propos » : « …tant il interpèle ce qu’il de plus humain en chacun de nous, de plus simple, de plus profond aussi ; tant l’universalité de sa thématique est accessible à tous. L’amour, la mort ; deux poids, deux mesures sont en balance tout au long de ce long monologue qu’est en fait ce recueil, au bout duquel la mort vaincra. Cet homme qui se débat, tantôt a peur, doute, tantôt espère, attend, c’est nous. Cet homme qui déroule sa mémoire, ruban où bonheurs et malheurs alternent, si intenses, nous emporte, touche à la révolte intime dont nous sommes tous porteurs.. »

DEDANS

Le sais-tu, mur de pierre? / Porte en fer, fenêtre aveugle, / Mon oreiller, ma couche, ma chaîne, / Pour toi je suis suspendu entre la vie et la mort, / Photo triste en ma planque / Le sais-tu ? / Mon visiteur m’a  laissé la ciboule / Mon tabac sent l’oereillet,  / Aux montagnes de mon pays le printemps est arrivé.


İÇERDE

Haberin var mı taş duvar ? / Demir kapı, kör pencere, / Yastığım, ranzam, zincirim, / Uğruna ölümlere gidip geldiğim, / Zulamdaki mahzun resim, / Haberin var mı? / Görüşmecim yeşil soğan göndermiş, / Karanfil Kokuyor cıgaram / Dağlarına bahar gelmiş memleketimin…











[1] Vecihi Timuroğlu, Ahmed Arif’in Türk Şiirindeki Yeri, Arkadş Yayınları, Ankara, 2009.
[2] Refik Durbaş, Ahmed Arif Anlatıyor: Kalbim Dinamit Kuyusu, Cum. Kitapları, 2. Baskı,İstanbul, 2009.
[3] Ahmed Arif, Hasretinden Prangalar Eskittim, Cem Yayınevi, İstanbul, 1973.
[4] Ahmed Arif, J’en ai usé des fers en ton absence traduit par Ali Demir, Publication du Ministère de la Culture de Turquie, Ankara, 2000.

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